« 16 janvier 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16337, f. 59-60], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3157, page consultée le 09 mai 2026.
16 janvier [1839], mercredi matin, 9 h. ½
Bonjour mon cher petit bien-aimé, bonjour mon petit homme. Malgré votre promesse
cette nuit vous n’êtes pas revenu, c’est bien mal à vous. Si j’avais su que vous aviez
l’intention de me manquer de parole, toute malade que j’étais, je ne vous aurais pas
laissé partir si tôt. Mais soyez tranquille, à présent je ne tiendrai plus aucun
compte de vos promesses et quand je vous tiendrai, je ne vous laisserai plus partir
qu’à bon escient.
Je me sens mieux ce matin. J’espère que je pourrai me lever
sans inconvénient tout à l’heure. Toto, je vous aime, Toto, je vous désire. Je
voudrais bien avoir déjà la copie du portrait qui n’est pas commencé. J’espère qu’elle
sera plus ressemblante que le portrait de ce pauvre Nanteuil qui ne me satisfait pas du tout. Je suis presque toujours sans
toi, ce qui fait que j’ai le plus grand besoin de choses qui se rapprochent le plus
de
mon idée fixe, de mon amour. Quand donc, mon petit homme, me ferez-vous dîner en ville
avec vous ? Il y a bien longtemps que je vous le demande et que vous me promettez
toujours sans tenir. Je voudrais cependant faire un petit dîner d’amoureux : en un an, une fois, ce n’est pourtant pas trop. Pensez-y, mon
Toto. Tâchez de me donner ce pauvre petit plaisir-là, en attendant mieux.
Juliette
« 16 janvier 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16337, f. 61-62], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3157, page consultée le 09 mai 2026.
16 janvier [1839], mercredi soir, 6 h.
Mon cher petit homme, c’est vraiment dérisoire le temps que vous donnez à mon bonheur. Je ne vous fais pas de reproche, mais en vérité est-ce que vous croyez que je dois me trouver bien heureuse ainsi ? Hélas, dans le même moment où je vous fais le reproche de n’être pas assez avec moi, je me souviens que je n’ai plus un sou chez moi grâce à la fabrique à qui j’ai donné 10 F. en acompte et à qui j’ai été forcée d’en promettre autant tous les mois grâce aux petites provisions d’épiceries que la mère Pierceau vient de m’envoyer et que je crois avoir payé deux fois au moins pour le sucre, ce qui s’éclaircira d’une façon ou d’une autre. Enfin grâce à tout cela, je n’ai plus d’argent et beaucoup trop d’amour car je te désire et j’ai besoin de toi plus que jamais. Mon bon petit homme chéri, j’entends la porte. Si ça pouvait être toi, QUEL BONHEUR. Il paraît, mon Toto, que vous en voulez comme un goulu de mes dessins mais, mon adoré, vous ne sentez pas que c’est ma vie qui s’en va pour chaque chef-d’œuvre que je vous fais. Vous devriez, si vous m’aimez, être plus avare de mes [JOURS ?] et moi moins prodigue de mon TALENT. Toto est bien i. Soirpa. Venez cette nuit.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.
- 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
- ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
- 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
- Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.
